Faire de la « béance causale », le soutien inconditionnel du sujet, par Amin Hadj-Mouri

Si j’ai accepté de  répondre positivement à la demande du Centre Camus, concernant la prise en charge de parents d’enfants  dits autistes  (selon les critères médico-psychologiques qui excluent la subjectivité), c’est pour montrer –en acte- que le discours psychanalytique n’est pas une idéologie  qui sert à convertir –hystériquement  entre autres façons- mais à subvertir, en « travaillant » une demande selon une orientation précise et rigoureuse qui lui permet de délivrer ce qui la dérange et qu’elle cherche à éviter par le recours au savoir et à tous ceux qui croient le détenir pour qu’on les identifie à lui.  Ce qui dérange c’est la subjectivité (la sienne propre qui partage la même structure que  l’autre, tout en préservant la singularité de chacun) à travers la béance qu’elle met en jeu  et qui fait appel à la « docte ignorance », seule chance de bien la lire  derrière les prétextes et textes qu’elle fait miroiter. S’il y a du « parlêtre », c’est parce que le « parlettre »  est déterminant et dérange tous les idéologues, même les plus humanistes , dont les capacités de « contenance » s’avèrent limitées, faute de béance adéquatement mise en valeur. La lettre permet l’équivocité signifiante et  libère du sens,  associé au savoir, dont la valeur d’usage consiste à assurer  et à partager le rapport sexuel, dont les idéologies  se veulent les garantes, considérant que le progrès consiste à atteindre le « rapport sexuel » -et cerise sur le gâteau-, le partager avec ceux qui n’en ont pas les moyens, déniant ainsi qu’il relève de l’impossible. Ce « progrès », fondé sur le rejet de cette dimension, se montre de plus en plus « psychotisant », et  aggrave le « malaise dans la civilisation »,  bien illustré par la majorité des institutions de soins, tant au niveau de la qualité de leur prise en charge que de leur fonctionnement interne.

Dé-finir la subjectivité (la mettre  à la mesure de l’incomplétude du symbolique) à partir de la prise en compte de cette dimension de l’impossible, qui met aussitôt en jeu celles du possible, du nécessaire et du contingent, permet de ne pas dériver vers l’obscurantisme de la « novlangue psychanalytique », qui  adapte certains termes et expressions issues du  discours psychanalytique pour alimenter l’histrionisme groupal et  participer activement aux entreprises qu’il croit dénoncer.

Or il s’agit , dans le travail avec les parents –et cela sur un plan général- de les amener à interroger, à partir de leurs difficultés propres, la conception qu’ils ont élaborée quant aux troubles de leur(s) enfant(s), en mettant en évidence les dimensions qu’ils ont privilégiées, et partant celles qu’ils taisent, qu’ils oublient et qui sont « contenues » dans leurs propositions.  C’est ainsi que la parole peut recouvrer sa valeur pour permettre à la subjectivité de retrouver ses lettres de noblesse et de les fournir en reconnaissance de cause, puisque ce qui fait émerger cela , ce n’est pas le savoir idéologue du « savant », mais simplement  la position de celui qui sait lire en se servant de la béance pour évider, déconstruire et reconstruire  à partir d’une fondation paradoxale : une faille solide et compacte qui , parce qu’elle échappe ,  met en branle des cohortes de belles âmes qui veulent en libérer leur prochain, et surtout mettre au rencart la subjectivité et l’inconscient. Ainsi, nombre de parents renforcent leur propre conception  visant à protéger leur rejeton du défaut structural, troumatisant, avec celles que leur offrent les pragmatiques   spéculateurs des théories médico-psychologiques, qui se réfèrent tous au discours du maître. Se libérer de ce dernier grâce au D.A (Discours analytique), sans le concurrencer, peut leur permettre de  le dépasser, dès lors qu’ils s’engagent dans un rapport de parole,  en soumettant à la déconstruction par l’évidement tout ce qui nie le sujet (et donc l’inconscient) et  qu’il faut accepter nécessairement.  Pour l’éthique du discours psychanalytique, la logique de l’inconscient   est incluse dans tous les discours qui la nient et la refusent. Elle n’est donc pas exclusive, en ce sens qu’elle est induite par celle qui détermine les conceptions  porteuses d’insuffisances et de troubles. Mais ce travail n’est possible qu’à la condition qu’on n’ait pas à faire à des canailles et /ou des fous, bien adaptés au malaise dans la civilisation.

A partir de cette place bien définie et clairement délimitée de part et d’autre, les parents en question peuvent accepter ou pas l’offre qui leur est faite. Cette position de travail dans une institution de soins comme le CMPP,  et malgré la particularité de la demande, est censée être familière : le travail de déconstruction des conceptions parentales et  éducatives qui s’imposent à l’enfant, ainsi que  les siennes propres, est le lot quotidien du praticien qui ne confond pas la  belle âme savante et position analytique. Son enrichissement incessant et progressif, ses consolidations théoriques qui éloignent de plus en plus des idéologies  paranoïsantes, grâce à la mise en valeur constante de l’évidence de la béance (évidante), nous rapprochent de l’éthique du discours analytique qui nous préserve des errements de ceux qui ne la respectent pas et cherchent des garanties auprès de maîtres patentés. Ils mettent ainsi en avant le D.A pour mieux le bafouer et le ravaler au rang d’une idéologie, avec son système hiérarchique, qui nourrit bien des querelles et des débats stériles. Les garde-fous institutionnels s’avèrent nécessaires quand  la subjectivité est  engagée et que la folie de la raison classique et scientifique est menaçante pour la parole et ses enjeux vitaux.

Des  difficultés ne manqueront pas de surgir dans ce travail avec des parents d’enfants autistes, mais dès lors qu’une  méthodologie  rigoureuse et respectueuse du D.A est mise en place et en œuvre,  les instruments de travail  seront appelés  à être affutés et garantis par  l’appareil institutionnel du CMPP, d’autant que l’expérience clinique s’enrichira et mettra encore plus à l’épreuve  la référence à l ‘inconscient, cessant d’en faire un slogan ou un mot de passe (passe-passe aussi bien),  et soutenant en raison et en acte la logique subjective, qui fait  radicalement défaut dans l’autisme, et qu’il s’agit d ‘introduire , non pas clandestinement, mais avec la contribution des parents, qui , au départ, comme tous les autres parents , adressent une demande qui est loin de supposer et de miser sur le sujet .

Je suis à la disposition de qui veut discuter ce document de travail, hors de l’histrionisme groupal. Le D.A requiert d’autres  conditions que  la prestance et la parade……contre l’inconscient, qui, lui, commande la familiarité avec l’altérité et  l’humilité.

Amîn HADJ-MOURI

24  JUIN 2012

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