« Famille et fonction », par Guillaume Cnudde

Famille et fonction

La place des parents dans notre travail de thérapeute est évidente, tout en étant complexe. Faut-il leur laisser la parole pour qu’ils puissent exprimer leur conception du symptôme de leur enfant ou faut-il absolument préserver l’espace dédié à l’enfant de tout discours parental ?

Ces questionnements légitimes dans la prise en charge des enfants mettent en exergue cette condition essentielle qui définit l’appartenance à la famille et en même temps la présence de la subjectivité. C’est pour en partie mettre au travail cette condition nécessaire que je propose de réfléchir au texte de Solano-Suarez : « Famille et fonction » (1).

Le texte

Esthela Solano Suarez prend la définition de la famille fondée sur les écrits de Dürckheim, à savoir « la famille conjugale » qui serait la forme la plus appropriée pour définir la famille dans notre société.

Elle n’hésite pas à souligner la complexité de l’organisation familiale, bien qu’elle constate que la famille se restreigne à son cœur essentiel, à savoir « père, mère, enfants ». Cette réduction, pourtant complexe, se voit chargée de l’éducation mais aussi d’un poids social important, car notre société met sur les épaules de la famille la charge d’instaurer l’enfant dans ses premières identifications.

Pour Lacan, cette réduction de la famille « père mère enfant » revient à son état d’origine et appelle une réflexion sur l’œdipe. Ce qui est conservé dans notre modèle familial, c’est qu’elle est régie par les lois du langage et l’autorité conservée au père.

Le nom, la nomination et la transmission.

Qu’est-ce-qui assure la transmission de la structure familiale ?

La famille est un ensemble, dont les individus peuvent être appelés « x ». Quel est l’élément qui nous permet d’identifier ces « x » comme appartenant à un même ensemble ? Cette propriété symbolique est le patronyme. Celle-ci est fondamentale car elle permet non seulement d’identifier l’ensemble mais aussi de distinguer les individus. Ce patronyme unit et sépare.

Ce qui régit la structure familiale, c’est le nom, or sans le langage ceci est impossible. C’est bien que la famille est une conséquence de notre univers symbolique donc du langage.

A cet opérateur symbolique s’ajoute un opérateur logique qui permet de distinguer dans cet ensemble les générations. En effet, la transmission du nom permet de distinguer les générations mais pour cela, il faut nécessairement savoir compter.

Les générations impliquent de savoir compter, tel que n+1 = n’. Mais cette formule ne peut être appliquée sans la présence d’un élément implicite, pourtant toujours présent, qu’est le 0. Celui-ci représente une prémisse, un avant nécessaire pour pouvoir compter. C’est ce que Lacan appelle la fonction 0. La famille est donc la conséquence de la logique du langage.

Une transmission ?

La transmission est importante car elle n’est pas juste un patrimoine génétique. C’est aussi et avant tout une transmission d’une « position subjective ».

Pour cela, il est nécessaire de se construire face à « un désir qui ne soit pas anonyme », permettant également de distinguer les fonctions de la mère et du père.

La mère, par ses allers-retours face aux besoins de l’enfant, instaure le vide de son absence. Elle introduit le vide dans le réel et cette première symbolisation de celui-ci prendra le nom de désir maternel (DM). Si elle n’est pas là, elle désire ailleurs. Ce vide associé à un « x », une inconnue, prendra un sens dans la chaîne des signifiants seulement s’il rencontre le premier signifiant qui s’appelle le nom du père.

Mais aussi ce « x » va être significantisé en terme phallique.

Qu’en est-il de la castration ?

La castration est définie par Lacan comme la régulation  de la jouissance et la famille jouerait ce rôle de régulation en plus de l’éducation et de l’apprentissage du langage. Ainsi, la famille viendrait refreiner la jouissance et cette action s’appellerait la fonction de castration. C’est grâce à celle-ci que le sujet advient avec un lien de parenté, une position dans les générations et une identité.

Qu’en est-il de l’inconscient ?

L’homme serait condamné à l’inconscient qui, selon Freud, serait un savoir inventé par l’homme pour la pérennité de l’espèce. Cela souligne l’aspect créatif de la famille qui a pour fonction d’inventer une histoire de la famille. Ce savoir inventé viendrait suppléer un « il n’y a pas », un manque qui concerne le rapport entre les sexes. Ainsi, le produit du rapport sexuel avec la famille et l’inconscient fait advenir un sujet.

Conclusion

Retenons, comme le démontre l’auteur, que la famille conjugale est avant tout une conséquence du langage. Cette conception permet d’écouter les parents avec l’histoire de la famille dans le souci de la prise en charge des enfants.

Ce texte permet également de questionner les autres structures familiales, à savoir les familles monoparentales, homoparentales, etc…

Guillaume Cnudde


(1)- Solano Suarez E., « Famille et fonction », Feuillets psychanalytiques du Courtil, 09/1992, (texte disponible en ligne : http://www.courtil.be/feuillets/PDF/Solano-f5.pdf )

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