Amin Hadj Mouri, « se-parer » et « parêtre » : le décentrement plutôt que la concentration ou le bienfait d’être « à côté de ses pompes » (compte-rendu)

Amin Hadj Mouri est intervenu le 10 juin 2014, à propos de la séparation.

Dans son autobiographie, Jean-Paul Sartre explique :

« Ma vérité, mon caractère et mon nom étaient aux mains des adultes; j’avais appris à me voir par leurs yeux; j’étais un enfant, ce monstre qu’ils fabriquent avec leurs regrets 1»

L’enfant dans ce texte, est défini comme « un monstre » aux yeux de ses parents et surtout de leurs regrets quant à l’idéal d’être, qu’ils croyaient atteindre et réaliser. Ces regrets portent sur l’échec des parents qui croient que leur enfant n’a pas été protégé de la privation de l’être, malgré tout ce qu’ils lui ont donné et apporté, et qui n’a pas assuré la garantie ontologique, dont ils attendaient, de sa part, confirmation.

La question du paraître revient à celle du « par-être » dans ses relations au « parlêtre ». La société est organisée autour de l’être : tout est pour l’être et le paraître, afin d’éviter le parlêtre et ses conséquences. Faire croire à chacun qu’il est, c’est un but de l’éducation qui consiste à pousser les enfants à devenir quelqu’un, défini de façon autonome et délesté du parlêtre qui décentre et déconcentre des obsessions ontologiques.

La structure subjective pose l’être comme impossible. Cela suppose que le sujet trouve son fondement dans la perte (ou la mort) de l’être. Cette privation irréversible est confirmée par l’aliénation signifiante qui articule métaphores du sujet et métonymie, liée à l’incomplétude du symbolique. Le sujet est insaisissable en soi. Seules ses métaphorisations incessantes permettent de saisir ses manifestations.

Dans le célèbre aphorisme de Freud, « wo es war, soll ich werden 2», le « ça » représente le lieu de perte et de mort de l’être qui donne naissance au sujet et à son ex-sistence. Le paraitre fait croire à l’être alors qu’il est la manifestation, la concrétisation de sa disparition. D’où le côté (le para) constant que confirme et renforce la condition du parlêtre : ce que l’on laisse paraitre ne ressortit pas à l’être mais représente la métaphorisation de l’impossibilité d’être, confirmée par le sujet.

L’inconscient est le témoin idéal de cette impossibilité ontologique et le rappelle sans cesse sous la forme de la négation. Dans la psychose, il y a tentative d’exclusion de cette impossibilité qui soutient le ratage essentiel à l’existence. On se croit être, on l’incarne même, en rejetant le parlêtre qui procède de la mort de l’être. Dans la psychose, il y a refus d’être à côté de ses pompes ontologiques pour s’engager sur la voie du désir ouverte par le manque à être.

La séparation renvoie chez Lacan au « se parerer » de la parturition qui engendre, donne naissance au sujet sur fond d’aliénation signifiante (parlêtre) : le sujet nait du n’être pas et renvoie à l’interdit de l’inceste qui interdit l’ontologie et en favorise l’incorporation.

L’Inconscient, corrélatif de l’interdit de l’inceste, préserve du délire ontologique qui entrave la co(n)naissance de la lettre, qui procède du meurtre de la chose, accompagnant le meurtre de l’être et de l’essence, nécessaire à l’avènement du signifiant et de ses deux principes fondamentaux :

1-      un signifiant ne peut pas se signifier lui-même

2-      un signifiant en appelle nécessairement à un autre qui ne le complète pas pour autant. Altérité qui incomplète et enrichit par là même.

Avec le transfert, l’analyste doit travailler à sa « désêtrification » à l’encontre de l’analysant qui est dans une quête ontologique. La même nécessité s’impose dans l’institution qu’il s’agit de destituer pour assurer son existence. Cette éthique du bien-dire consiste à valoriser la parole au bénéfice du parlêtre pour qu’il ne s’abime pas dans les méandres de l’être, déjà mort et dont la mort est nécessaire à l’ex-sistence subjective.

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1– Sartre J. P., Les mots, Gallimard, 1960, p. 70, le texte intégral : http://bacdefrancais.net/les-mots-sartre-texte.pdf)

2– 31ème nouvelle conférence, 1932, traduit par Lacan de la façon suivante :  » Là où c’était, dois-je advenir  »

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