Marie Magdeleine Lessana, « Entre mère et fille : un ravage » par Pascale Vanderschaegh-Pennel

M.M. Lessana va développer dans ce très beau livre, « Entre mère et fille : un ravage 1 », la spécificité de la relation mère-fille que Lacan avait nommée : ravage.

A l’inverse de Freud, qui pensait que «  la fille entrait dans l’œdipe comme dans un port », Lacan met l’accent sur la relation à la mère qui ,dans le meilleur des cas, permettra à la fille de trouver son identité sexuelle.

« Le complexe d’œdipe freudien contraste douloureusement avec le fait du ravage qu’est, chez la femme, pour la plupart, le rapport à la mère, d’où elle semble bien attendre comme femme plus de subsistance que de son père » (J. Lacan, L’Etourdit).

Le ravage…Ce terme renvoie à ravissement, ravinement….C’est l’IMAGE QUI PERSECUTE.

Entre mère et Fille il y a un corps VU. C’est celui de la mère ou de la femme qui fascine ; C’est un corps de femme désirable qui s’édifie pour la fille là où il n’y a pas encore d’identité sexuelle ni de transmission de traits féminins.

Dans le tableau de Balthus, « La leçon de guitare », il existe une sorte d’initiation au plaisir trop tôt éprouvé, où l’adulte se sert du corps de l’enfant pour donner à voir un corps éblouissant.

Le malaise éprouvé ressemble à celui qui émerge à la lecture de la correspondance entre Mme de Sevigné et Mme de Grignan, sa fille.

C’est la première relation mère-fille qui nous est décrite par M.M Lessana. ….Nous sommes en 1625, Mme de Sevigné est à Paris et Mme de Grignan en Provence. Elles s’écrivent deux fois par semaine. A lire ces lettres, nous avons sous nos yeux incrédules l’expression d’un amour, charnel, possédant tous les traits de la passion érotique.

Pourtant, la traversée d’événements inscrits dans le corps de la fille,-Maladies, Grossesses et morts successives d’enfants- va permettre de laisser émerger une haine puis un lâcher prise, la sortie du ravage.

Après cette première histoire, nous suivons M.M Lessana qui va en exposer 5 autres, et l’ordre de présentation de cas est agencé par degrés de moindre résolution du ravage.

Chacune de ces histoires posent aussi la question du rapport entre émergence du féminin et écriture, ou plus largement création artistique, et cela n’est pas un des moindres intérêts du livre.

L’œuvre fait fonction de « peau ».elle ne fait pas vraiment séparation mais protection.

Je me suis attachée à cette question dans l’exposé qui nous est donné de la relation de Camille Claudel et sa mère ;Pour elle comme pour L’Aimée de Lacan dont il sera question plus tard, il existe un « non-dit »maternel, une douleur qu’il s’agit de mettre au jour. La sculpture sera pour Camille Claudel, la tentative d’atteindre le non-aveu de sa mère, elle vise à calmer le malheur de sa mère ; La relation passionnelle qui la noue à Rodin remet en scène cette douleur du lien ; S’ensuivent d’importants traumatismes dont elle ne se relèvera pas ; Naissances et abandons d’enfants, avortements, traîtrise de Rodin, acharnement de la mère, impuissance du père, ambiguïté lâche du frère, mort du père et surtout peut être, PUBLICATION IMPOSSIBLE DE L’AGE MUR ….

Camille Claudel entre dans le délire. L’œuvre tentait de parer au risque de persécution. Elle est devenus inapte à toucher( Au sens tendre et blessant) celle à qui elle s’adressait…

C’est par une œuvre de fiction que M.M Lessana nous fait pénétrer plus avant dans le ravage.. L’œuvre de M.Duras, « Le ravissement de Lol V. Stein » nous emmène, à partir « d’une douleur impossible à souffrir » aux confins de la folie. Car, lol devient folle, elle aussi, de n’avoir pu affronter le ravage. Pourtant, ses tentatives d’en sortir avec l’aide de Hold, le narrateur, évoque la position analytique.. Mais, Hold échoue, sans doute de n’avoir pas supporté le cri de douleur qui aurait délivré Lol…là encore douleur et jouissance sont mêlées mais il existe aussi une mise en abyme de l’œuvre-écriture, de Marguerite Duras cette fois ( Cf. ce qu’à écrit M.Duras à ce sujet) de M.M Lessana aussi peut être, qui fait barrage, barrage contre le pacifique…

Nous nous arrêterons enfin sur une relation mère-fille qui fut l’objet de la thèse de Lacan en 1932 : «  Aimée ». Marguerite Anzieu était alors internée à ste Anne ,suite à un attentat manqué contre une actrice. Elle y restera 12 ans.

A suivre Lacan, nous comprenons l’impossibilité pour Marguerite d’occuper la place qui lui est donnée dans sa famille, à savoir celle d’une aînée morte avant sa naissance. Cela participerait pour elle, d’un mensonge ; En effet, il existe dans la famille un impossible à dire la responsabilité de la mère concernant la mort de cette enfant. Ainsi, après avoir souffert d’un sentiment de persécution suite à différents événements touchant au corps (stérilité de sa sœur aînée, enfant mort-né, mise à l’écart par son mari) le délire de marguerite va s’organiser à partir de l’insouciance des mères frivoles ».

Marguerite, elle aussi, avait cherché secours dans l’écriture de deux romans qui ne furent jamais publiés de son vivant.

L’image persécutrice se loge là où les tentatives de fixer l’identité sexuelle échouent.

A travers ces différentes histoires, il apparaît que ce ne sont, ni les rencontres érotiques, ni le mariage, ni les maternités qui marqueront l’achèvement du ravage. Au contraire, ils le convoquent.

Il semblerait plutôt qu’il s’agirait de « faire la peau » de  l’Autre femme pour avoir une peau à soi.

La sortie du ravage qui marque la sortie de l’épreuve de violence persécutrice n’est pas dette, ni perte, ni séparation, c’est une DESERTION.

Pascale Vanderschaegh-Pennel, mars 2013

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1- Lessana M. M., Entre mère et fille : un ravage, Hachette Pluriel psychanalyse, 2009

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